La Tunisie réaffirme son choix du français

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La Tunisie réaffirme son choix du français

Messagepar Marc Beaufrère » Mer 08 Mar 2017, 15:13

Voici un article d'Ilyes Zouari, sur l'importance du français et la réaffirmation de son choix face à un basculement éventuel vers l'anglais. On y retrouve certaines statistiques intéressantes et toute une liste d'arguments qui soulignent tous les avantages de l'apprentissage du français. C'est une bonne lecture :
Retrouvez l'article en cliquant ici.
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Re: La Tunisie réaffirme son choix du français

Messagepar Marc Beaufrère » Mer 31 Jan 2018, 15:39

Aujourd'hui, je vous propose un reportage sur le français en Tunisie. Je suis tout à fait surpris par la qualité de la langue de ceux qui le parlent. On ne m'aurait rien dit, je me serais cru dans un bar de Paris à un des moments du reportage.
Le reportage :
Tunisie: La langue française "fait mieux que résister" selon ce reportage de France 3
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Re: La Tunisie réaffirme son choix du français

Messagepar Marc Beaufrère » Dim 13 Mai 2018, 08:05

Un article qui reprend le reportage vidéo cité précédemment et qui fournit quelques explications supplémentaires sur la place de la langue française en Tunisie :
Quel est le statut de la langue française en Tunisie ? Est-elle en déclin ?

Enfin, voici une réflexion sur la place du français en Tunisie (et sa possible évolution vers un créole ?)
Parler ou ne pas parler français: Les enjeux politiques de l'usage de la langue française en Tunisie
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Re: La Tunisie réaffirme son choix du français

Messagepar Marc Beaufrère » Sam 02 Fév 2019, 16:20

Aujourd'hui, un article qui aborde un sujet qui résonne pour moi très fortement : assumer la place du français en Tunisie. Je vous laisse le découvrir, et vous donne mon analyse.

"La langue française, composante essentielle de l'identité des Tunisiens"

Je trouve cet article et les idées avancées très fortes, et si je peux me permettre, je trouve qu'il fait écho à notre spectre politique.
On a d'un côté, une frange de la population plutôt progressiste, les francophones de Tunisie, et de l'autre une frange de la population qui fait promeut l'arabisation sous couvert d'identité. Jusqu'ici, je me disais effectivement : eh bien, si leur l'identité c'est la langue arabe, qu'ils choisissent l'arabe, en espérant, en tant que francophone, qu'ils gardent une certaine francophilie. Je restais sur les langues uniquement, sans vouloir voir les enjeux culturels.

Mais de plus en plus, je conçois comment les langues et les représentations sont associées, mais pas seulement. Il y a aussi des traditions culturelles. J'ai lu dernièrement un roman de Boualem Sansal, et j'ai regardé des vidéos de lui, notamment une sur la guerre civile en Algérie. Il y décrivait comment des jeunes au sein d'une famille, faisait mettre le voile à leur mère, terrorisait leur soeur et même leur père. Que c'était comme cela que l'arabisation / islamisation s'était faite. L'arabisation aurait pu se faire de manière éclairée, ou cela pourrait être un choix à égalité avec le français, une langue neutre comme une autre. Mais je n'y crois plus. Je vois comment certains se réclament "du peuple" et au nom de cela cautionnent la violence. Et le français est plus qu'une langue amenée par la colonisation. C'est aussi une langue de culture et des lumières, et on ne veux plus l'assumer en France, par peur d'être taxés de colonialistes, d'impérialistes. En fait, il faut élargir le spectre : la langue française, ce n'est pas qu'une langue qu'on apprend à l'école, c'est une langue qui a donné accès à une pensée laïque, à une pensée émancipatrice. J'ai lu un autre livre, de Fouad Laroui : Une année chez les Français. C'est l'histoire d'un garçon qui va au Lycée Lyautey à Casablanca en 1969. Et l'école française, c'est pour ce garçon l'accès à toute une tradition littéraire, et la remise des prix qui consiste en la remise d'un prix assorti d'une pile de livres est la fin en apothéose de cette année scolaire pour le petit Fouad.

J'ai aussi en tête un auteur marocain qui disait que concernant certaines choses ayant trait à la sexualité et à l'amour, il ne pouvait l'exprimer qu'en français, car il avait une sorte d'appréhension en arabe. Je ne me rappelle plus où j'avais lu cela.

De plus en plus, je pense qu'il faut assumer notre fierté de notre tradition française. Non pas qu'il faille forcer d'autres personnes à quoi que ce soit, non. Mais je me permets un parallèle osé : quand on voit les mouvements qui ont conduit Trump au pouvoir, Bolsonaro au pouvoir, le Brexit en tête, quand on voit le quantité d'infox qui ont amené ces phénomènes-là, je pense que bien souvent on fait la mauvaise analyse. En fait, ce n'est pas que Trump, Bolsonaro ou le Brexit soient des solutions, c'est que ceux qui les ont combattu ont mauvaise conscience, se font enfermer dans l'image d'une élite coupée du monde, d'une élite privilégiée, alors que c'est tout l'inverse. Les adversaires de Trump, Bolosonara ou du Brexit sont plutôt des personnes imperméables à la rationnalité (vive le créationnisme, vive les conspirations, les illuminatis...), qui sont incapables d'appuyer leurs raisonnements sur des faits, mais plutôt sur des opinions, et qui n'ont pas peur de mentir, de trahir, d'intimider. Face à cela, une tradition du doute, de l'esprit critique, de l'ouverture à l'autre (puisqu'on n'est pas sûr d'avoir la vérité, on s'ouvre à celle des autres), tradition qu'il faut assumer avec fierté et qu'il faut refuser de se faire confisquer.

En Tunisie, comme dans la plupart des pays du monde, il me semble que c'est cela qui est en jeu : l'intimidation, la culpabilisation des personnes ouvertes, tolérantes, par des personnes violentes, rétives aux faits, repliées sur une identité excluante. Le résultat : une haine des minorités sexuelles, de la science, des journalistes... toutes les haines sont de sorties. Et les pays se déchirent entre un peuple confiant, ouvert, et un autre méfiant, excluant. Eh bien, non, il faut que ça s'arrête. L'écoute par les gens ouverts et tolérants ne suffit pas sous peine de se faire grignoter des libertés. Il faut aussi défendre nos convictions. Qu'en pensez-vous ?
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Re: La Tunisie réaffirme son choix du français

Messagepar Michel » Lun 04 Fév 2019, 15:51

-
J'ai aussi en tête un auteur marocain qui disait que concernant certaines choses ayant trait à la sexualité et à l'amour, il ne pouvait l'exprimer qu'en français, car il avait une sorte d'appréhension en arabe.
Je crois que c’est Tahar Ben Jelloun.

L’article de Ramses Kefi (Quel est le statut de la langue française en Tunisie ? Est-elle en déclin ?)

Selon les contextes  (lieux, profils et espaces de discussion), le dialecte tunisien prend tantôt des allures de «frarabe»
et
Un autre phénomène linguistique intéressant est celui de jeunes issus de classes sociales peu aisées et qui, sans avoir jamais vécu en France, ont intégré la parlure et le phrasé des jeunes des banlieues françaises.

Le frarabe est peut-être une impasse, exactement comme le joual l’a été au Canada jusqu’au milieu du XXe siècle. Les Canadiens se sont ressaisis et ont compris que la généralisation du joual à la place du français standard aboutirait tôt ou tard à la disparition de la langue française au Québec.

Quant aux jeunes des banlieues qui utilisent une langue française appauvrie par manque d’approfondissement et qui se mettent à la répandre parmi leurs contemporains de Tunisie, je crois que ce n’est pas une bonne solution : cela maintient une certaine jeunesse des deux côtés de la Méditerranée dans une forme de ghettoïsation linguistique, et donc de ghettoïsation sociale.

De surcroît, il y a une élite tunisienne bien implantée dans le Golfe, où l’Anglais est très utilisé. Mais on se rend compte d’une chose : très souvent, au Qatar ou aux Emirats, ils inscrivent dans des établissements privés français.

L’hypocrisie des élites est universellement répandue. «Fais ce que je dis, et ne dis pas ce que je fais ».
En Union soviétique, les membres de la nomenklatura allaient faire leurs courses dans des magasins réservés où les devises étrangères étaient acceptées, alors qu’ils se répandaient dans la presse et sur les ondes pour glorifier le sort des travailleurs peuplant le paradis socialiste.
Dans les dix-neuvième et vingtième arrondissements de Paris, les bobos se défendent toujours d’être de gauche mais mettent leurs enfants à l’école privée, alors qu’ils sont des grands défenseurs de la laïcité.
Ici, l’élite tunisienne met ses enfants dans des établissements francophones, donc, dans ce contexte local, très élitistes. Bizarrement les écoles américaines ont moins d’attrait. Pourquoi ? Une réponse possible est la suivante : l’enseignement du français et des matières autres en français se fait selon des méthodes traditionnelles, assez autoritaires mais qui, paradoxe, sont abandonnées en France métropolitaine, en particulier dans les quartiers défavorisés.
Dans les Lycées Français on apprend encore aujourd’hui par coeur des tirades d’Andromaque ou du Tartuffe.


L’article de Mariem Guellouz
(Les enjeux politiques de l'usage de la langue française en Tunisie)
Ces propos révèlent un imaginaire linguistique particulier, l'idée que certaines langues seraient plus propices au projet de modernité sociale que d'autres.
La langue arabe au Moyen Âge, la langue chinoise au XVe siècle étaient propices à la modernité, simplement parce que la science se développait dans ces langues. Aujourd’hui, les seules langues qui peuvent prétendre à ce statut sont, la langue anglaise, puisque la plupart des publications scientifiques se font dans cet idiome, la langue française, malgré tout, et dans une moindre mesure, les langues allemande et russe.

Il serait sans doute plus pertinent de laisser la place à une langue française qui bredouille ou qui vacille mais qui est dans une incessante création. Un français de Tunisie, influencé par des structures lexicales et syntaxiques de la langue arabe, est peut-être aussi une des conditions de la survie de cette langue dans la région.

Erreur ! Il ne faut pas tomber dans le principe : « mieux vaut une action imparfaite qu’une parfaite inaction ». En effet, si on suit ce raisonnement, il y aura, à terme, un français de Tunisie, un français d’Algérie, un français du Maroc, et puis encore, un français de la Côte d’Ivoire, un français de Polynésie avec, à terme, un appauvrissement de la langue et une intercompréhension progressivement mise à mal.

-
L’article de Mohamed Sadok Lejri

Nos francophones ont toujours été timorés et n’ont jamais assumé ouvertement leur francophonie, tandis que les défenseurs de l’arabisation tous azimuts sont batailleurs et vindicatifs.

La langue française dérange parce qu’elle véhicule des valeurs humanistes fondées sur l’examen critique, le doute, le rejet du charlatanisme des religions, la laïcité, la tolérance et l’Etat de droit.


Cette question de la schizophrénie est corrélative à toute cohabitation de civilisations différentes.
Les Gaulois se sont-ils posés la question sous l’occupation romaine ? Certains intellectuels français, dans leur égarement, sous l’occupation allemande, se sont aussi posé la question.

Les commentaires sont gratinés. Il y a des rédacteurs qui se sentent tunisiens avant de se sentir arabes.

Hannibal (Carthage) parlait peut-être le latin, mais il pouvait se faire comprendre des Romains en utilisant la langue grecque.
La position géographique de la Tunisie en fait un carrefour des civilisations. Aujourd’hui la langue française (l’histoire), la langue italienne (la géographie), la langue anglaise (le XXIème siècle ?) se croisent dans ce pays. Remplacez l’italien par l’espagnol et vous avez une situation identique au Maroc.
Quant à l’Algérie, elle se trouve entre les deux.
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Michel Godet : La bonne prévision n'est pas celle qui se réalise mais celle qui conduit à l'action pour, éventuellement, empêcher qu'elle ne se réalise.
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