RP 43 Michel : Le Maroc enterre trente ans d’arabisation

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RP 43 Michel : Le Maroc enterre trente ans d’arabisation

Messagepar Michel » Sam 20 Fév 2016, 00:19

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Le Maroc enterre trente ans d’arabisation pour retourner au français
Le Monde du 19 Février 2015 (accès libre, texte intégral)
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2 ... _3212.html
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
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Re: RP 43 Michel : Le Maroc enterre trente ans d’arabisation

Messagepar Marc Beaufrère » Dim 21 Fév 2016, 11:50

Vu de l'Algérie :
Le Maroc renonce à l'arabisation / Le pragmatisme l'emporte sur l'idéologie
Ce qui m'interpelle, ce sont surtout les termes du débat : français et pragmatisme ; arabisation et idéologie. Il y aurait sans doute beaucoup à dire.
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Suite du débat sur le Maroc et la réintroduction du français

Messagepar Marc Beaufrère » Lun 28 Mar 2016, 14:26

Le Monde a publié un nouvel article sur le sujet, pour ceux que ça intéresse :
L'école au Maroc : réintroduire le français ne suffira pas à sortir de la spirale de l'échec
Pour l'auteur, la réintroduction du français comme panacée est biaisée car :
1) le problème serait surtout idéologique : toute langue peut dire la modernité mais l'arabe était vécu comme un retour à l'identité "originelle".
2) les bons élèves, ceux qui parlent bien français, ne se destineront pas à l'enseignement (du français), ce qui pourrait freiner la progression du Maroc dans cette voie.
Affaire à suivre, donc !
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Re: RP 43 Michel : Le Maroc enterre trente ans d’arabisation

Messagepar Michel » Lun 28 Mar 2016, 21:48

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Beaucoup de non dits dans ce dernier article (http://www.lemonde.fr/afrique/article/2 ... _3212.html).
Jamais ne sont clairement avancées les raisons pour lesquels l'arabisation est un échec :
" Toute langue peut servir de véhicule au progrès et à la modernité pour peu qu’elle ne se trouve pas emprisonnée dans un carcan idéologique. "
Certes !
Je me limiterai au lexique : comment traduire en arabe classique tous les mots scientifiques ?
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Re: RP 43 Michel : Le Maroc enterre trente ans d’arabisation

Messagepar Marc Beaufrère » Ven 29 Juil 2016, 11:48

Même tentation en Algérie : enseigner en français les matières scientifiques, sachant que les formations scientifiques à l'université sont en français ; cela crée une discrimination entre les élèves qui ont fréquenté les écoles privées (en français) depuis la maternelle, et ceux qui ont fréquenté les écoles publiques et qui ont reçu une éducation en français moins importante. L'autre solution avancée dans l'article est l'arabisation du système supérieur. Dans la mesure où les élites du pays placent leurs enfants dans les écoles privées, pas sûr qu'elles n'essaient pas d'envoyer leurs enfants à l'étranger continuer leur formation dans l'éventualité de cette option. Pas facile. D'un autre côté, on sait que l'Algérie a voulu se débarrasser du français au lendemain de l'indépendance, et on le comprend aisément vu la dureté de la guerre d'indépendance : le français était la langue de l'occupant, l'arabe représentait la langue d'un contre-modèle, associé aux racines du pays. Aujourd'hui, la relation au français semble un peu dissociée de la relation à la France et à l'histoire coloniale.
En tous les cas, le débat est lancé.
Article : Enseignement des matières scientifiques en français: L’autre épreuve de Benghebrit
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Généralisation de l'enseignement scientifique en français ?

Messagepar Marc Beaufrère » Mer 06 Fév 2019, 15:22

La question est à nouveau d'actualité. D'après ce que l'on peut comprendre, le gouvernement marocain voudrait généraliser l'enseignement du français dans les matières scientifiques, au lycée, mais aussi au collège.

En effet, l'enseignement des matières scientifiques se fait en français à l'université, et le passage du lycée à l'université est ardu pour certain. D'où la volonté de préparer à cet enseignement scientifique. Le problème est que certains élèves n'ont pas les bases pour suivre un enseignement en français. Ce sera donc tout à fait possible dans certains endroits, notamment urbain, mais plus difficile en milieu rural. Je pense que si le but du gouvernement marocain est de promouvoir l'enseignement du français en amont, il serait plus judicieux d'y aller par pallier. Mettre en place un ensemble de collèges et lycées plus avancés et plus ambitieux dans l'enseignement du français que d'autres (avec une mobilisation de personnels particulièrement compétents en français, ou en immersion, comme dans l'exemple donné), et de mobiliser les personnels compétents en priorité sur ces établissements afin de faire émerger une génération à l'aise en français. Ensuite, lorsque celle-ci sera formée (dans 10 / 15 ans), embaucher ces anciens élèves vers d'autres établissements. Le danger d'une imposition du français générale, est d'éparpiller les personnels compétents sur à la fois des endroits propices et non propices, alors que ce personnel peut encore être limité en nombre. On pourrait donc imaginer quelques établissements d'excellence (quant au français), qui formeraient les personnes les plus aptes à enseigner ensuite en français et / ou à poursuivre des études scientifiques. En bref : concentrer les efforts là où ceux-ci seraient les plus productifs dans des établissements pilotes, avant de les étendre à tout un pays. Si l'on choisissait directement la généralisation, on risquerait de créer d'inutiles crispations et de la frustration chez les professeurs qui ne sont pas assez formés, avec un résultat à rebours des ambitions affichées.

Les articles :
Langue d’enseignement. Le français est-il la solution ?
Langues d'enseignement: comme un air de fronde PJDiste contre Amzazi

Peut-être un jour verra-t-on le Maroc afficher son attachement à la langue française en revendiquant sa francophonie ? On rejoint les enjeux évoqués en Tunisie récemment sur ce blogue.
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Re: RP 43 Michel : Le Maroc enterre trente ans d’arabisation

Messagepar Marc Beaufrère » Dim 16 Juin 2019, 14:07

Avec du décalage, voici quelques articles qui suivent l'évolution de la langue française au Maroc.

Dans ce premier article de l'écrivain marocain francophone Tahar Ben Jelloun, l'auteur appelle à une coexistence des langues ; non pas un choix pour l'un ou l'autre (la langue française ou l'arabe), mais pour l'un et l'autre. C'est un effort important que d'apprendre une langue. L'un des arguments en faveur de l'apprentissage de la langue française avancés par Tahar Ben Jelloun est que même les adversaires de la langue française au Maroc (PJD et Istiqal) placent leurs enfants dans des écoles francophones, tandis qu'ils prônent l'arabe comme langue unique de l'enseignement. (Les autres partis étant pour un rééquilibrage en faveur de la langue française dans l'enseignement (voir les propositions de lois en faveur de la généralisation de l'enseignement en langue française pour les matières scientifiques au lycée).

Tahar Ben Jelloun est pour que l'arabe demeure la langue principale mais qu'en plus, d'autres langues étrangères (le français, mais aussi l'anglais et l'espagnol) puissent avoir leur place pour permettre la poursuite des études à l'étranger et pour enrichir l'imaginaire. C'est l'avis d'une personnalité littéraire qui a lui-même eu ce parcours.

Le 360 : Éloge des langues

Par ailleurs, une personnalité politique, Jamal Eddine El Hani, doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, en appelle à la fin du double-langage. Il soutient l'apprentissage des matières scientifiques au lycée en français (NDRL : les filières scientifiques au Maroc sont en français à l'université, et certains élèves n'ont pas toujours le niveau requis) et utilise le même argument concernant ceux qui prônent l'arabisation tout en l'évitant pour leurs enfants, ce qui revient à ne pas croire à leurs idées.

Décryptage : il a longtemps été mal vu de défendre la langue française au Maroc, langue du colonisateur. Il fallait laver plus blanc que blanc, et donc prôner l'arabisation pour contenter l'opinion publique, alors qu'en même temps les élites prônant ce discours plaçaient leurs enfants dans les écoles en langue française. C'est une sorte d'évidence généralement admise : il faut se débarrasser du français et retrouver les racines arabes du Maroc dans une quête identitaire (la question de la langue amazighe a longtemps été évitée). Il y a donc un discours public, mais qui entre en opposition aux faits puisque la plupart des personnes qui ont le choix optent pour les écoles en langue française. La pression de l'opinion publique telle que relayée par les partis islamistes a jusqu'ici été forte. Cependant, les résultats, le constat de la situation obtenue par l'arabisation, la pratique effective (on (=les décideurs politiques) arabise dans le public mais on ne met pas ses enfants dans le public) font que la situation permet à certains d'appeler à un retour en arrière. C'est une petite révolution. Ce genre d'appel est ce qu'on appellerait un ballon d'essai (avec un langage prudent, on ne cite pas les partis politiques, on parle langue étrangère pour ne pas dire français). Il y a quelques années, la situation aurait sans doute été compliquée pour ce monsieur, aujourd'hui, on peut aborder cette question plus facilement, signe d'une évolution certaine.

Le 360 : Vidéo. Polémique sur les langues étrangères: le coup de gueule de Jamal Eddine El Hani
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