Les immigrés francophones en Italie et le français

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Les immigrés francophones en Italie et le français

Messagepar Italien » Jeu 29 Oct 2015, 00:20

2.2.1. Leur rapport au français
Pour ces ressortissants, qui ont tous bénéficié d’une instruction scolaire en français, cette langue est perçue comme faisant partie de leur patrimoine culturel et ils sont heureux de pouvoir continuer à l’utiliser quand l’occasion se présente. Le français leur apparaît comme un lien très fort, comme un signe de connivence et d’appartenance à une même communauté. Il est ainsi significatif que la plupart de nos informateurs aient pris la décision de parler en français à leur enfant. Signalons en particulier le cas de cette jeune Ivoirienne de 30 ans, de nationalité italienne, présente sur le sol italien depuis l’âge de 14 ans et ne parlant qu’italien avec son entourage, qui tient fortement à parler en français à sa fille: «je lui parle en français parce que c’est ma langue maternelle» a-t-elle expliqué.
Mais généralement, le choix d’employer le français avec leur(s) enfant(s) naît du désir que ces derniers puissent communiquer avec les personnes de leur pays d’origine.
Ce sentiment est encore une trace de leur volonté de garder un lien avec leurs racines. Cet attachement à la langue française, vécu comme élément important de leur identité, se manifeste également dans les emplois non interlocutoires de la langue, comme pour les lectures ou la rédaction d’un journal intime. Les justifications sont toutes du même ordre: «j’y tiens», «quand j’en ai l’occasion, je la pratique pour ne pas la perdre». Presque tous regardent souvent la télévision en langue française: «Je vais sur France 24, TV5 Monde, Telesud, pour être en contact avec mon français, mon pays».
Nos informatrices sénégalaises, malgré leur emploi prédominant du wolof, expriment leur attachement à la langue française, de même qu’à la France: «la France, c’est notre seconde identité», «c’est la France qui est notre référence». La langue française apparaît donc vraiment comme une composante indispensable de leur identité. Ce sentiment est présent aussi chez l’une d’elles qui, de longue date en Italie, opte spontanément pour l’italien même en présence d’autres francophones.
Cela nous amène à nous interroger sur la représentation que les Africains francophones ont de la langue française, surtout si l’on considère que c’est avant tout à traversleur langue maternelle, qu’ils ont appris à appréhender le monde et à exprimer leurs sentiments les plus profonds. On peut considérer que le français, en tant que langue de communication interethnique, langue de la modernité et de la culture occidentale, langue de portée internationale, remplit une fonction complémentaire par rapport aux langues ethniques; toutefois, étant aussi langue de la colonisation, elle est probablement liée à des sentiments conflictuels. Quelle qu’en soit toutefois leur perception, cette langue a été partie prenante de leur vécu, elle les a accompagnés tout au long de leur parcours formatif et, une fois à l’étranger, il est naturel qu’elle apparaisse comme une marque de reconnaissance. Notre informateur ivoirien décrète d’ailleurs qu’«une langue, c’est une façon d’être, de vivre, de penser. La Francophonie ce n’est pas seulement la langue, c’est tout un peuple, une histoire. Alors perdre cette histoire, c’est perdre ses racines».
http://gerflint.fr/Base/Italie7/sonia.pdf
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Re: Les immigrés francophones en Italie et le français

Messagepar Michel » Sam 31 Oct 2015, 12:45

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Intéressant cet article relatant le destin linguistique des francophones d’Afrique subsaharienne installés en Italie.

Le français reste un lien entre les populations de différentes origines.
Quand j’étais en Suède, j’ai rencontré plusieurs Marocains résidents qui m’en ont plus appris sur ce pays que certains Suédois. Eux-mêmes tenaient à se « ressourcer » en parlant à un Français qui lui même pouvait repasser à sa langue maternelle et mettre de côté l’anglais (parlé par les scandinaves qui reste, quoiqu’on en dise, basique par la plupart).

Pour les ressortissants du Sénégal, les occasions de parler le wolof, principale langue véhiculaire de leur pays, ne manquent pas. Leur choix de l’employer en famille et en présence de tout Sénégalais est significatif et montrent leur attachement à leur patrimoine culturel original et leur volonté de le transmettre à leurs enfants. Nos informatrices sénégalaises tiennent en effet beaucoup à ce maintien du wolof: elles estiment que l’emploi de leur langue nationale leur permet de se comprendre «au quart de tour». En outre, selon elles, la «culture passe nécessairement par la langue».
Le cas du Sénégal diffère en effet des pays subsahéliens à cause du statut véhiculaire du wolof. Il y a donc deux langues véhiculaires au Sénégal (wolof et français). La mosaïque linguistique des pays plus au Sud donne cette fois au français le seul statut de langue véhiculaire. Cette situation bivéhiculaire se retrouve en Afrique du Nord (arabe et français, sans compter le tamazight) et plus au Sud avec le kiswahili (avec l’anglais cette fois).

Chez aucun de nos sujets, l’italien n’a posé de problèmes d’acquisition. Tous évoquent leur extrême facilité d’accès à l’italien, qu’ils attribuent à leur connaissance antérieure du français: «je n’ai pas eu d’efforts à faire».
Situation classique d’intercompréhension linguistique. Voir le fil à ce sujet :
viewtopic.php?f=5&t=140

Nos informateurs sont tout à fait conscients qu’au contact de l’italien - qu’ils maîtrisent tous bien - leur français subit des interférences. Le sentiment de perdre leur français est très présent: «Je me rends compte d’avoir perdu quelque chose. Il y a eu contamination».
Revers de la médaille de l’intercompréhension linguistique : confusion entre les langues ou empilement des langues au cours de la vie qui fait que c’est la plus récente qui l’emporte sur la plus ancienne, surtout quand elles sont proches.
Raison pour laquelle l’auteur de ce billet n’a jamais appris le portugais, par peur de perdre son espagnol ; avec le regret de ne pas pouvoir maîtriser toutes les langues (d’origine européenne) parlées dans les deux Amériques (anglais, espagnol, portugais et français). Il ne sera donc jamais un véritable Américain (au sens d’Amerigo Vespucci).
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
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