RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Varlet » Dim 06 Avr 2014, 21:46

Le français semble résister au Rwanda.
C'est du moins l'impression que l'on avait en regardant le journal télévisé de France 2 . A l'occasion de la commémoration du génocide rwandais , la journaliste expliquait que le gouvernement rwandais voulait supprimer le français de l'enseignement , au profit de l'anglais. Suivait un reportage sur la situation linguistique du pays . J'ai retenu les points suivants:
- Le régime rwandais est plutôt du genre autoritaire et n'admet pas la contestation. D'après le reporteur , l'homme de la rue n'accable pas la France et ne la rend pas responsable du génocide.
- L'institut culturel français a été obligé par le gouvernement rwandais de fermer ses portes. Pour continuer des relations suivies , l'institut culturel a distribué des tablettes aux étudiants. Interrogés , ceux-ci déclarent préférer le français à l'anglais !
-Dans les écoles, le basculement linguistique se fait apparemment mal . L'école que l'on voyait , enseignait en français.
- Bilan de cet imbroglio linguistique énoncé par le reporteur: le pays n'est pas tout à fait francophone et encore moins anglophone. Plutôt gênant à l'heure de la mondialisation , qui touche maintenant l'Afrique .

Nous ignorons si la France est responsable ou fortement impliquée dans le génocide rwandais. Du moins peut-on supposer que de lourdes erreurs d'appréciation ont été commises. Mais , à cette époque , elle était la seule à intervenir au Rwanda. Ceci dit, si la France était reconnue responsable du massacre , on pourrait comprendre le rejet du français par les Rwandais .Pour le moment , ce rejet n'existe pas pour la majorité de la population.
Combien de temps une telle situation peut-elle durer ? A long terme , on peut imaginer que le français risque d'être de plus en plus fragilisé et le basculement linguistique en faveur de l'anglais pourrait être une réalité, sauf si la résistance des francophones est la plus forte...
Quelques instants auparavant , on apprenait sur le journal de France 3 - décidément , cette soirée était riche pour la francophonie ! - , à l'occasion d'un reportage sur une jeune entreprise de la Toile spécialisée dans l'apprentissage en ligne de l'orthographe , que le nombre de francophones augmentait tous les ans de 10% !
Petit calcul rapide: on estimait en 2012 à environ 220 millions le nombre de francophones . On peut supposer qu'aujourd'hui , ce nombre atteint au minimum 250 millions début 2014 .
Varlet
 
Messages: 174
Inscription: Jeu 10 Jan 2013, 12:51
Localisation: Chantraine ( Vosges )

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Marc Beaufrère » Lun 07 Avr 2014, 10:55

Très intéressant, merci.
J'ai effectivement vu le reportage dans lequel il était indiqué que le nombre de francophones augmentait de 10% par an. J'étais stupéfait que sur un média de grande diffusion, cela soit glissé comme si de rien n'était, comme si c'était une donnée banale. D'autant plus qu'aucune émission à ma connaissance (à part un Dessous des Cartes) n'a jamais creusé le sujet du nombre de francophones en Afrique. On avait bien eu une émission très intéressante de Patrick de Carolis qui abordait la francophonie en Amérique du Nord, sujet assez connu du grand public français, avec un reportage de 40 ou 50 minutes consacré aux quelques dizaines de milliers de francophones cajuns noyés dans l'océan de centaines de millions d'anglophones, qui se battaient pour faire survivre leur identité. Ce chiffre de 10% de plus par an annonce peut-être la connaissance qui s'installe chez les journalistes de cette autre réalité de la francophonie. Peut-être verra-t-on donc des émissions consacrées à ces évolutions importantes dans les mois ou les années à venir, qui populariseront ces informations.
Quant à l'émission sur le Rwanda, c'est apparemment d'actualité, et je regrette de ne pas avoir pu la voir pour le constater. Merci donc de ce compte-rendu qui met bien en évidence les informations qui m'intéressent. J'aimerais bien en savoir plus.
Quant à Paul Kagamé, il ne me fait pas une très bonne impression non plus et le coup d'accuser la France de la responsabilité du génocide me paraît surtout être un bon moyen pour lui de reconstruire l'identité rwandaise autour de son projet en éjectant les pages douloureuses du pays sur un bouc émissaire, qui n'a sans doute pas été parfait, loin de là, mais d'ici à s'être joint au génocide, j'ai des doutes.
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 485
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Marc Beaufrère » Mar 08 Avr 2014, 20:55

J'ai trouvé le lien du reportage :
JT de France 2 du 6 avril 2014
Profitez-en pendant que la redif' est encore disponible.
La conclusion du journaliste fait un peu penser à ce qu'on dit parfois de l'Algérie : à avoir voulu punir la France en bannissant le français et en imposant l'arabe classique, on a fait en sorte que les gens ne maîtrisent ni le français ni l'arabe classique, langue enseignée par les frères musulmans "importés" d'Egypte pour pallier au manque de professeurs formés en Algérie.
Une des personnes interrogées fait une remarque pertinente en expliquant que M. Kagamé mélange politique et culture, et en relevant que le français n'est pas que la langue de la France, elle est aussi la langue de partenaires africains du Rwanda, et est utilisées dans d'autres pays (elle cite l'Iran et le Viet-Nam), et que du coup il fait en sorte que les Rwandais se tirent une balle dans le pied. J'ai vu par ailleurs (sur Le Monde) que M. Kagamé est actuellement très mal perçu par la communauté internationale de par son soutien à des groupes armés dans l'est de la RDC et que du coup il tente de détourner l'attention sur un bouc émissaire en ouvrant la polémique juste au moment des commémorations pour la réconciliation.
Pendant qu'on y est, un certain Paul Barril met en cause la responsabilité de Paul Kagamé dans le génocide :
Paul Barril, ex-gendarme de l'Elysée : Kagamé craint toujours mes révélations

Il y a sûrement des enjeux qui nous dépassent et je pense que tout n'est pas blanc ou noir dans cette histoire, avec les méchants génocidaires soutenus par les méchants Français d'un côté et les gentils rebelles anglophones qui n'ont fait que se défendre et se faire tuer de l'autre (version de Paul Kagamé). Il y a eu des antécédents de massacres, ce n'est pas simple. Le nombre d'habitants au km2, l'un des plus importants au monde, est je pense un facteur de tension supplémentaire.
Sinon, il est intéressant de noter que malgré la volonté politique d'éradiquer le français, le manque d'anglophones formés (bien moindre que les francophones), le manque de moyens, font que les décisions politiques n'auront pas forcément les résultats escomptés, en tous les cas pas aussi rapidement. Facteur de complexité supplémentaire : les Hutus représentent environ 3/4 de la population, tandis que les Tutsis, groupe "ethnique" dont est issu Paul Kagamé, représenteraient l'autre 1/4. Ce sont les surtout des Tutsis anglophones (réfugiés en Ouganda) qui ont pris le pouvoir.
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 485
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Michel » Sam 12 Avr 2014, 12:07

Bernard Lugan, expert pour le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, revient sur l’histoire du génocide rwandais, vingt ans après les faits.
Il renouvelle totalement les connaissances sur le sujet ; il a pu prendre connaissance de certaines sources seulement accessibles aux experts ; il a produit plus de 3000 pages pour le TPIR et a totalement réécrit l'histoire du génocide. Il est le seul à avoir dépouillé toutes les archives.
"Tout ce qui a été écrit avant mon livre sur les événement est obsolète", affirme-t-il.
https://www.youtube.com/watch?v=WvKkTFvEjaM&feature=player_embedded
(Extrait de TV libertés, Avril 2014)
Bernard Lugan est un analyste pointu de l'Afrique qui ne mâche pas ses mots.
À titre d'exemple, quelques vérités, pas toujours agréables, sont rappelées dans cet article à propos du XIVème sommet de la francophonie en Octobre 2012 :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2012/10/a-propos-du-xiveme-sommet-de-la.html

À noter que Bernard Lugan est assez peu porté sur la francophonie, mais c'est un autre sujet.
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Michel Godet : La bonne prévision n'est pas celle qui se réalise mais celle qui conduit à l'action pour, éventuellement, empêcher qu'elle ne se réalise.
Avatar de l’utilisateur
Michel
 
Messages: 374
Inscription: Sam 26 Jan 2013, 16:09

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Marc Beaufrère » Mer 16 Avr 2014, 13:34

Merci Michel pour le lien vers la vidéo avec Bernard Lugan. Ce que vous écrivez suscite la curiosité et les arguments qu'il avance sont très intéressants et remettent en cause de nombreuses affirmations jusque là acceptées, même si déjà certains historiens ont remis en cause la version officielle.

Contexte :
Auparavant, rappelons qui était acteur de ce génocide : les Hutus représentent 90% de la population tandis que les Tutsis en représentent 10%. A la base, les Hutus sont simplement une sorte de caste, un groupe socio-professionnel : les agriculteurs, tandis que les Tutsis sont les éleveurs et dominent le pays. Les personnes peuvent passer d'une caste à l'autre. Une lignée Tutsi, chef d'un clan, contrôlait le pays au début de l'histoire coloniale, et les Allemands (premiers colonisateurs jusqu'à la première guerre mondiale), puis les Belges qui ont repris le pays sous mandat, se sont appuyés sur eux et ont racialisé leur différence en appliquant leurs propres critères d'analyse sur eux, même s'il est néanmoins vrai que l'origine géographique des deux groupes serait différente si l'on remonte au XVIe siècle. Les colonisateurs réservent prioritairement l'éducation et les postes administratifs aux Tutsis, assimilés à des nobles (et les Hutus sont assimilés aux roturiers) et la distinction Tutsi / Hutus imprègne de plus en plus les Rwandais dans leur ensemble, de par l'organisation de la société. Toutes ces indications sont cependant remises en cause actuellement. Néanmoins, on sait que les Hutus ont fortement remis en cause dans les années 50 la suprématie des Tutsis, et que les Belges ont quelque part renversé leur alliance notamment du fait que de nombreux Tutsis réclamaient l'indépendance. Le pouvoir tutsi chuta et s'ensuivit des émeutes et des pogroms. Ce sont donc les Hutus qui prennent le pouvoir à l'indépendance. Des exilés Tutsis attaquent le pays dans les années 60, s'ensuit des répressions sur les Tutsis de l'intérieur qui font plusieurs milliers de morts. Un massacre des Hutus au Burundi (les Hutus parlent de 200 000 tués) est prétexte à des mesures de rétorsion sur les Tutsis du Rwanda (professeurs et élèves), ce qui provoque un nouvel exil de Tutsis, notamment vers l'Ouganda, d'où ils organisent le FPR (Front Patriotique Rwandais) en 1987. Les Tutsis tentent d'envahir le pays par le nord en 1990. En conséquence, 8 à 10 000 Tutsis sont emprisonnés. Le FPR réussit à s'établir dans le nord du pays où certaines exactions auraient été commises (difficile de vérifier) et auraient entrainé l'exode de Hutus vers la capitale. La communauté internationale force à la démocratisation du pays et les accords d'Arusha prévoient le retour des Tustis et le cessez-le feu. En parallèle des médias Hutus commencent à attiser la haine des Tutsis et des Tutsis sont massacrés. Le climat est délétère. S'ensuit le 6 avril 1994 l'attentat visant l'avion présidentiel rwandais. Le président Habyarimana est tué, le chef d'état major rwandais, une dizaine d'autres personnalités importantes, le président burundais et trois français sont tués. S'ensuit un génocide qui aboutira au bas mot à 800 000 morts (essentiellement Tutsis, mais aussi des Hutus alliés au FPR) et à la prise de pouvoir par le FPR de Kagamé du pouvoir. Kagamé et ses troupes, réfugiées en Ouganda pendant des années, sont plutôt anglophones et finissent par établir l'anglais comme langue rwandaise et par tout faire pour évincer le français, pourtant bien plus parlé par la population (mais surtout par les Hutus).
(source : wikipedia)

Il existe plusieurs points de controverse actuellement, et Bernard Lugan, qui est témoin-expert auprès du TPIR, africaniste notoire qui a enseigné de 1972 à 1983 à l'Université Nationale du Rwanda, a eu accès récemment à de nombreux documents auparavant classés et maintenant accessible aux experts accrédités. Jusqu'ici, on a plutôt favorisé la thèse de la préparation du génocide et de l'attentat qui aurait été organisé par des extrémistes Hutus, hostiles au compromis avec les Tutsis prévus par les accords d'Arusha qu'avait signé le président Habyarimana.

Résumé et extraits de l'essentiel de ce que dit Bernard Lugan dans cette intervention :

à 9'08 : "Le régime hutu n'existe plus après cet attentat, tous les cadres sont morts après cet attentat et immédiatement dans les heures qui suivent l'attentat, le FPR lance l'offensive militaire et deuxième grand acquis des travaux d'Arusha, nous savons que cette offensive militaire était préparée depuis plus de 6 mois."

Le rôle trouble du général Dallaire : le général Dallaire était le commandant de la MINUAR, la force de maintien de la paix des Nations Unies pendant le génocide de 1994. Bernard Lugan parle de Dallaire comme d'un "francophone francophobe", autrement dit quelqu'un qui pouvait être envoyé par l'ONU sur place (il fallait un francophone) mais qui était hostile à la France (le général Dallaire est canadien). Il apparaît que Dallaire était franchement favorable aux Tutsis (pour des raisons qui ne sont pas détaillées) : il a notamment nié le passage des armes de l'Ouganda vers le Rwanda pour alimenter le FPR de Kagamé. Bernard Lugan a eu accès grâce à son rôle d'expert auprès du TPIR à toutes les pièces classées, dont un message crypté informant le général Dallaire d'un gros transfert d'armes. Il l'a nié en toute connaissance de cause.

Concernant le rôle ambigu d'une autre personne en responsabilité à l'ONU, notons aussi ce passage repris [url=du site de l'AFRAV]http://www.francophonie-avenir.com/Index_B.Desgagne_La_verite_sur_le_genocide_au_Rwanda.htm[/url] :

La question de savoir qui ordonna l’attentat du 6 avril 1994 est donc primordiale. Voilà pourquoi, depuis des années, les services rwandais tentent d’enfumer la justice française, précisément parce qu’elle est la seule à enquêter sur cette affaire depuis qu’en janvier 1997, Madame Louise Arbour ordonna à Michael Hourigan de cesser ses investigations.

Quelques mois auparavant, cet avocat australien devenu fonctionnaire de l’ONU avait été personnellement chargé par Madame Arbour, Procureur du TPIR de septembre 1996 à septembre 1999, d’identifier les commanditaires et les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994. Madame Arbour voulait alors étayer l’acte d’accusation jusque là rachitique qu’elle était occupée à dresser contre les anciens dirigeants du régime Habyarimana afin de montrer que cet attentat avait été commis par des « extrémistes hutu » et qu’en le commettant, ces derniers avaient donné le signal du génocide qu’ils avaient programmé.

Or, sur place, à Kigali, menant son enquête, Michael Hourigan découvrit tout au contraire que les auteurs de l’attentat n’étaient pas des « Hutu extrémistes », mais des Tutsi du FPR… et il obtint même les noms de ceux qui auraient abattu l’avion du président Habyarimana sur ordre du général Kagamé. Il rédigea ensuite un rapport qu’il remit personnellement à Madame Arbour. A partir du moment où il lui fit ces révélations, cette dernière changea totalement d’attitude à son égard, devenant cassante, le sommant de mettre un terme à ses recherches et exigeant la confidentialité absolue sur ses découvertes. Le contrat de Michael Hourigan avec l’ONU ne fut pas renouvelé.

Bien que le TPIR ait refusé de le lui communiquer au prétexte qu’il n’existait pas (!!!), le juge Bruguière obtint malgré tout une copie du « Rapport Hourigana». Devant le juge, Michael Hourigan authentifia son texte et il en confirma la teneur.


A 17', Bernard Lugan explique ce qu'on appelle les Hutus modérés sont en fait les Hutus qui collaborent avec le FPR. BL explique aussi qu'il n'y a pas eu préméditation du génocide (même s'il y avait un climat de haine propice).

A 22', sur l'interdiction d'enquêter sur l'attentat :
"Pourquoi l'ONU refuse d'enquêter ? Le TPIR, création du conseil de sécurité de l'ONU, n'a pas eu l'autorisation d'enquêter. Pourquoi ? Parce que le conseil de sécurité de l'ONU était contrôlé par les États-Unis et par les Britanniques, par les alliés du régime de Kigali [de Kagamé]. Donc interdiction d'enquêter là-dessus, la seule enquête qui se soit déroulée, c'est une enquête française, d'où les attaques du régime rwandais contre le France" (enquête initiée du fait que des Français ont été abattus dans l'avion présidentiel)

Ce qu'il faut retenir :
- le génocide n'était pas prémédité (mais il a bien eu lieu)
- des éléments vérifiables (traçabilité des missiles, témoignages de proches de Kagamé) permettent de désigner un commanditaire : Kagamé, et non pas des extrémistes hutus
- l'offensive du FPR était préméditée
- l'enquête sur l'élément déclencheur du génocide, l'attentat a été bloquée à l'ONU.

Notons que l'offensive du FPR de Kagamé a continué en RDC, avec l'appui des troupes ougandaises (pays anglophone) afin de s'établir dans le Kivu notamment (riche région minière). En se renseignant, on en arrive à la conclusion que Kagamé dénonce comme fantaisiste, et qu'un journaliste anglais qualifie de paranoïaque (plutôt sans être renseigné que par vraie connaissance du sujet) : les Américains et les Britanniques ont tout fait pour favoriser la prise de pouvoir du FPR de Kagamé et pour pousser à la déstabilisation des riches régions minières de l'est de la RDC, résultant dans le renversement de Mobutu, grâce à l'appui d'opposants internes. C'est donc Kabila qui pris le pouvoir, et qui demanda ensuite à ses anciens alliés (armée ougandaise et rwandaise) de repartir. S'ensuit des guerres dans l'Est de le RDC qui ont provoqué directement et indirectement plusieurs millions de morts cette fois-ci. Mais assez peu de gens en parlent cette fois-ci et pourtant cela dure encore, depuis presque 20 ans.
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 485
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Marc Beaufrère » Mar 29 Avr 2014, 14:03

Suite à nos conversations sur le Rwanda, je me suis un peu documenté. J'ai ainsi lu une chronique sur Jeune Afrique : "Une histoire du génocide rwandais". C'est un article très touffu écrit en plusieurs parties par Laurent Touchard. J'ai commencé à le lire un peu en travers, mais je le trouvais assez anti-français (pas seulement anti-hutu mais bien anti-français aussi). J''ai d'abord cru à une vision partielle mais néanmoins honnête, appuyée sur des faits. Une première chose m'a chiffonné cependant, c'était de parler du génocide et du rôle de la France sans parler du contexte. En effet, comment ne pas parler des antécédents comme les incursions du FPR ou le massacre selon les hutus de 200 000 des leurs au Burundi voisin dans les années 70 par des tutsis. On peut facilement imaginer que ça a pu peser sur l'état d'esprit et sur les relations tutsis-hutus.

Je me suis donc permis de laisser un commentaire pour le mettre en perspective. Je reçois le message suivant de Jeune Afrique :
[url]Votre commentaire a été pris en charge par l'un de nos modérateurs, il apparaitra sur le site d'ici quelques minutes après validation et si il est conforme à notre charte.[/url]
Je vais donc voir, et mon message n'apparaît pas... un peu déçu.

J'ai plus récemment lu la suite, et l'auteur mettait en cause la préméditation de l'attaque du FPR. Déjà le titre de l'article laisse peu de place au doute, alors que des spécialistes dont Bernard Lugan, qui ont eu accès à des pièces confidentielles, affirment le contraire. Pour être aussi sûr à partir de déduction, pour moi, c'est que cela cache un parti pris. Bref, il dit :

Si François Mitterrand avait eu la preuve tangible d'importants mouvements de troupes de l'APR d'Ouganda au Rwanda, dans la zone démilitarisée (secteurs "zyeutés" par la France), il ne serait pas resté les bras croisés. Le président et plusieurs de ses conseillers détestent cordialement le FPR. Ils n'auraient pas manqué une si "belle" occasion de les prendre en défaut et d'envoyer quelques avions d'attaque Jaguar calmer les ardeurs des rebelles, et ce en toute légitimité puisque ces derniers auraient rompu les accords d'Arusha et mis en danger la paix du pays...
.

Comme l'avait souligné Bernard Lugan dans la conférence citée par Michel, la France était en cohabitation et Mitterrand partageait le pouvoir avec Balladur qui n'avait pas du tout la même vision des choses que lui (BL le qualifie d'Atlantiste). Balladur aurait bloqué toute tentative d'interférence. J'ai donc signalé que la France était en cohabitation dans un commentaire que j'ai soumis, j'ai reçu la même réponse, je suis allé voir, et : rien ! Pourtant, je n'ai fait que relater un fait non polémique, mais visiblement ça ne passe pas. Je commence donc à croire fermement au parti pris de l'auteur Laurent Touchard et j'ai eu du mal à trouver quelque qualification que ce soit qu'il aurait. Il se présente comme journaliste indépendant, est-ce pour dire qu'il n'a pas d'accréditation ? Moi, ça me gonfle les gens qui affirment de grandes vérités sans accepter la contradiction. Je me demande par conséquent si Jeune Afrique n'a pas une certaine ligne éditoriale.
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 485
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Michel » Mar 29 Avr 2014, 16:41

"Le magazine a souvent été critiqué sur sa ligne éditoriale ou sur sa proximité avec les élites africaines" dixit http://www.horizonsmediatiques.fr/2014/02/14/journalisme-sans-frontieres/.
C'est encore Jeune Afrique qui a publié l'interview de Paul Kagamé, dèjà cité dans ce forum :
http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2778p020.xml1/
Bernard Lugan dans cette vidéo sur les obsèques de Mandela (http://www.dailymotion.com/video/x18c2gn_bernard-lugan-le-vrai-nelson-mandela_news?start=3) range Jeune Afrique parmi ses thuriféraires.
Disons que Jeune Afrique a toujours su être du bon côté du manche.
D'où la déconvenue de Marc.
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Michel Godet : La bonne prévision n'est pas celle qui se réalise mais celle qui conduit à l'action pour, éventuellement, empêcher qu'elle ne se réalise.
Avatar de l’utilisateur
Michel
 
Messages: 374
Inscription: Sam 26 Jan 2013, 16:09

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Marc Beaufrère » Mar 29 Avr 2014, 17:05

Ou du bon côté de la Manche...
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 485
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Julien » Dim 04 Mai 2014, 21:16

Je lis assez régulièrement Jeune Afrique et je ne peux qu'aller dans le sens de Michel, certains articles sont à prendre avec des pincettes. Un ami africain qui lit le magazine très souvent m'a raconté avoir lu des dossiers carrément "écrits" par les parties concernés.
Avatar de l’utilisateur
Julien
Administrateur
 
Messages: 86
Inscription: Ven 04 Jan 2013, 00:08

Re: RP14 JMVarlet :Le français au Rwanda

Messagepar Marc Beaufrère » Sam 31 Mai 2014, 10:15

A propos du Rwanda et de son implication dans la RDC, voici un très instructif Dessous des Cartes consacré à la RDC.
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 485
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)


Retourner vers Afrique subsaharienne

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 2 invités

cron