Lettre ouverte à Leila Slimani, représentante à l'OIF

Propositions (de votre cru, ou de personnalités avec source) qui serviront de base documentaire pour tous.

Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

Lettre ouverte à Leila Slimani, représentante à l'OIF

Messagepar XNBorloz » Mar 19 Déc 2017, 14:11

A l'initiative de l'association Courriel de Georges Gastaud, une lettre ouverte signée par diverses personnalités a été adressée à Mme Leila Slimani, représentante personnelle du Président de la République française auprès de l'Organisation internationale de la francophonie, pour promouvoir la défense et illustration du français.

Veuillez en retrouver ci-dessous le texte complet.

Bien cordialement,
Xavier Numa Borloz
Association des roses noires


Madame,

Vous venez d’être nommée représentante personnelle du chef de l’Etat sur les questions de la Francophonie et nous vous en félicitons.

Cependant l’heure est bien moins, hélas, aux congratulations qu’au sursaut personnel et collectif face aux menaces mortelles qui pèsent sur la langue française. Car en dépit de certaines apparences faussement rassurantes, les positions du français, « langue de la République » aux termes de l’article II-a de la Constitution, mais aussi « élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France, langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics » au titre de la loi Toubon-Tasca d’août 1994, sont gravement minées non seulement à l’échelle internationale, mais aussi et surtout sur notre propre sol.

En effet, nos associations sont submergés d’appels indignés de citoyens, mais aussi d’étrangers amis de notre langue, qui constatent avec angoisse et, de plus en plus, avec colère, que chaque jour, toutes sortes de décideurs (politiques, économiques, culturels…) quand il ne s’agit pas des plus hautes autorités de l’Etat, choisissent cyniquement de substituer l’anglo-américain, ou plus exactement, le Business Globish, aux expressions françaises comprises de tous. Cet arrachage linguistique est massif, méthodique, acharné, relevant tantôt de la « stratégie de communication » des chasseurs de profit dénués d’imagination (ceux que Michel Serres nomme les « collabos de la pub et du fric »), tantôt carrément d’une politique d’Etat inavouable. C’est l’évidence quand on voit l’Union européenne privilégier systématiquement l’anglais dans sa communication* alors que, depuis le Brexit, l’anglais n’est plus la langue officielle déposée d’aucun Etat membre de l’UE. C’est flagrant quand on voit des représentants officiels de la France truffer leurs discours d’anglais ou, rompant avec la tradition républicaine, s’exprimer ostensiblement en anglais à l’étranger, voire en France. C’est manifeste quand on sait qu’à l’arrière-plan de cette entreprise soustraite au débat citoyen, se trouvent l’invitation cynique du patronat paneuropéen à privilégier l’ « anglais, la langue des affaires et de l’entreprise » (dixit en mars 2006 Ernest-Antoine Seillières, alors président de l’UNICE) et plus encore, l’avènement en cours du « CETA » et d’autres négociations visant à instituer le grand Marché transatlantique (et ses pendants « culturels », au centre desquels se trouve évidemment le basculement transcontinental de facto, voire de jure, au tout-anglais, langue unique du futur marché unique).

Faut-il vraiment multiplier les exemples à l’heure où Renault et PSA ont illégalement décidé de basculer leur documentation interne à l’anglais, où des services publics, des Universités, des entreprises pilotées par l’Etat ou des territoires de la République nomment ridiculement leurs nouveaux « produits » ou services en anglais (Loire Valley, Flying Blue, Lorraine Airport, Start in Lens, etc.), où des revues scientifiques subventionnées par le contribuable refusent les articles rédigés en français, où des Grandes Ecoles et des Universités françaises privilégient l’enseignement en anglais à des Français et à d’autres francophones, où la France chante le plus souvent en anglais (ou en franglais) à l’Eurovision, où les J.O. de Paris se vendent en anglais sur la Tour Eiffel, où l’anglais se voit même érigé en « langue de travail » de… l’armée française arrimée à l’OTAN et où la chaîne de télévision disposant de la plus large audience, (« My) TF1, nomme en Basic English ses émissions les plus populaires (The Wall, The Voice Kids, etc.) ?

C’est pourquoi nous jugeons insupportable et terriblement violente la manière dont de hautes autorités de notre pays – mais cela semble hélas de plus en plus vrai aussi au Québec, en Belgique ou en Suisse francophones (des associations défendant la Francophonie y dressent le même constat angoissé que nous !) – laissent proliférer, voire encouragent par leur mauvais exemple, la délinquance et la pollution linguistiques tout en prétendant parfois « relancer » la Francophonie… à l’étranger. Mais que restera-t-il de la « flotte » francophone mondiale, donc à brève échéance, de la littérature, de la chanson, de la science, de la philosophie, du théâtre, du cinéma français et francophones, quand le berceau et le « navire-amiral » de la Francophonie que fut à l’origine la France, sont les premiers à se saborder, voire à promouvoir le tout-anglais en Europe, quand ce n’est pas en Afrique francophone ?

Les enjeux d’une nouvelle Défense et illustration de la langue française sont donc cruciaux, ancrés dans les combats du présent et de l’avenir. En effet, laisser détruire, reléguer ou corrompre notre langue pour permettre à quelques oligarques, snobs pseudo-cultivés et autres moutons de Panurge de se faire une place au soleil de la mondialisation néolibérale aux dépens de la masse des Francophones de France (français et immigrés) et des cinq continents, ce serait à la fois :

* Planifier la fin de notre pays et du grand héritage qu’il porte ; tant il est vrai que le français est à la fois l’identifiant n°1 de notre peuple, le premier service public de France et le socle du lien social déjà si fragilisé dans notre pays ; bref, une France reniant le français ou le reléguant dans les seconds rôles ne serait plus guère qu’un « couteau sans manche dont on a jeté la lame »…

* Saper la Francophonie internationale, laquelle ne peut évidemment porter des « valeurs communes », comme ses dirigeants s’en targuent sans cesse, qu’à la condition de… parler la même langue, creuset d’une multiplicité de cultures dans une multiplicité d’usages ;

* Aggraver les inégalités sociales et les discriminations sociétales en durcissant comme jamais les stratifications culturelles et linguistiques ; c’est-à-dire miner les bases même de la République ;

* Favoriser insidieusement une forme de totalitarisme culturel porteur à terme, à l’échelle du monde, de l’Europe et de la France, d’une langue unique vectrice de pensée, de politique, d’économie et de culture uniques : celles-là mêmes qui déferlent sur tous les peuples en usant d’énormes moyens financiers, politiques, voire militaires… Comment cette entreprise transcontinentale d’uniformisation linguistique ne s’avèrerait-elle pas au final aussi mortifère pour l’humanité future que l’est déjà la dévastation en cours de la biodiversité qu’encourage l’omni-marchandisation actuelle des activités, des choses, voire des gens ?

Femme de lettres attachée aux finesses de notre langue et au croisement des cultures, vous ne pouvez manquer de voir le gouffre qui sépare l’internationalisme véritable, qui suppose diversité, altérité et dignité égale des cultures nationales, et le glacial mondialisme actuel qui, par les amputations symboliques et matérielles qu’il inflige sans trêve aux collectifs citoyens constitués, ne peut qu’attiser des crispations dangereuses pour la paix. Car, en dehors de l’agressivité aveugle, que reste-t-il d’une identité que l’on a amputée du substrat culturel, historique et politique dont la langue est la sédimentation sans cesse renouvelée ?

C’est pourquoi, à contre-courant du discours méprisant qui appelle à « supprimer les lignes de Maginot linguistiques » pour mieux « laisser faire, laisser passer » la langue unique et la servitude volontaire qui l’accompagne, nous vous demandons d’appeler avec nous à la résistance civique, au sursaut linguistique et à la créativité en français des habitants de notre pays.

C’est indispensable pour que se renoue, avant que l’arrachage linguistique en cours n’ait franchi un seuil irréversible, l’alliance progressiste de l’écrivain et de sa langue qui a nourri les plus riches heures de la littérature francophone.
XNBorloz
 
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Re: Lettre ouverte à Leila Slimani, représentante à l'OIF

Messagepar Marc Beaufrère » Mar 09 Jan 2018, 09:57

Merci de nous faire profiter d'une copie de cette lettre ouverte à laquelle nous ne pouvons que souscrire. Nous sommes bien sûr d'accord sur le constat ; les exemples d'anglicismes dans l'espace public français sont légions et les militants de la langue française sont peu audibles. S'il existe une loi (Tasca-Toubon) qui sert d'appui législatif pour défendre la langue française, il reste à convaincre de l'utilité de notre combat, lorsque l'on voit qu'ALF perd 90% de ses actions qui s'appuient pourtant sur la loi, pour vice de forme, ou simplement par mauvaise volonté des tribunaux français (voire leur dernier bulletin d'information), ou par paresse (il faut inverser une tendance lourde, soutenue par des grands groupes / universités...), on mesure le chemin qu'il reste à parcourir. Les preuves d'infraction à nos lois et, même, au delà de ça, au simple respect de nos lois, sont légions. S'en rendre compte est un premier pas, mais malheureusement insuffisant, quand bien même les textes de lois sont de notre côté (mais pas les législateurs).
On aurait besoin de personnalités conscientes de l'importance de notre combat (et donc favoriser les échanges avec des pays francophones pour nos élites de demain qui cherchent plutôt à aller vers les universités américaines et britanniques).

Des personnalités comme M. Mélenchon (né au Maroc) ou même M. Macron (parti faire un stage d'ENA de six mois au Nigéria) mettent bien plus en avant la francophonie, pour l'avoir vécue (), que des personnalités comme Christine Lagarde qui a fait une bonne partie de sa carrière d'avocate d'affaires aux Etats-Unis ; on ne peut pas lui en vouloir d'avoir vécu la réalité d'une anglophonie nécessaire. Quand on a vécu et travaillé au sein d'un espace francophone grand comme les Etats-Unis (pour le Nigéria, il est enclavé au milieu d'états francophones, on ressent forcément davantage l'intérêt de la francophone plus que si l'on a fait sa carrière à Londres ou aux Etats-Unis, ou même à Paris.

Ce dernier argument concerne bien sûr le monde économique. On pourrait également discuter de l'enjeu culturel, voire même identitaire, qui va de soi, mais le problème vient surtout du milieu économique et scientifique. (C'est pourquoi il faut par exemple permettre la création d'une revue scientifique internationale en français pour favoriser le débouché des travaux scientifiques de langue française ; si le seul débouché est anglophone, il est normal que la chaîne de production intellectuelle en amont s'anglicise).

Pour en revenir à votre lettre ouverte, j'y souscris totalement, mais je ne crois plus que qui que ce soit en conteste le constat. Ce sont les intérêts économiques, perçus comme plus avantageux en favorisant l'anglais, qui bloquent bien souvent l'évolution de notre combat.

Bien cordialement,
M. Beaufrère
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Re: Lettre ouverte à Leila Slimani, représentante à l'OIF

Messagepar Xerxes » Lun 15 Jan 2018, 11:59

Certes, l'île est encore comptabilisée dans les pays en voie de développement


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