I.3) Table Ronde (fin de matinée)

Le 13 octobre 2014 a eu lieu au Sénat une journée d'études sur les 20 ans de la loi Toubon en présence de nombreuses personnalités (Jacques Toubon, Catherine Tasca, Pouria Amirshahi...), vous trouverez ici un résumé des principales interventions

Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

I.3) Table Ronde (fin de matinée)

Messagepar Marc Beaufrère » Lun 20 Oct 2014, 11:19

Jacques Legendre, rapporteur de la loi, alors député et actuel sénateur du Nord

En tant que rapporteur, il se devait d'auditionner une large palette de gens pour recueillir leur avis. Au barreau, les avocats étaient largement favorables à la loi, car ils avaient bien conscience que le changement de langue amènerait la référence à la Common Law. L'académie française y était aussi favorable. Il a ensuite auditionné les membres de l'académie des sciences et a là été surpris du changement de ton : pour eux, l'anglais est le latin du XXe siècle.
Ayant poussé l'enquête, il a appris l'existence de l'indice Garfield, indice de référence qui n'indexe que les publications en langue anglaise. Cet indice a visiblement une immense influence. [qu'il nous faudrait creuser, nous qui sommes attachés, sur ce site, à l'influence de la langue française].

Jacques Legendre pense que nous devrions avoir une obsession : que les colloques scientifiques soient en français en plus de l'anglais.
Il a aussi rappelé :
- à l'époque de la loi, les sondages étaient favorables à la loi, mais pas les médias (ce qui pose question : pourquoi ce décalage ; voir ci-dessous...)
- la division des médias : certains prêtaient des intentions à la loi que celle-ci n'avait pas : remplacer « football » par « jeu de pied »
- surtout, le rôle des grands cabinets de publicité qui ont joué un rôle [de pression, d'après ce qui était sous-entendu], par peur d'être obligé de devoir recourir au français. Rappelons que la loi Toubon a été édulcorée et que certains articles ont été retirés ou amputés.
Autres remarques intéressantes :
- Les Québecois ont pu parler à notre égard de « pétainisme linguistique ».
- Depuis les années 70, il y a eu une division progressive des élites entre attachement au français et atlantisme.

Bernard Cassen, Le Monde Diplomatique (MD)
En 1992-94, il y avait une dizaine de journalistes au MD. Bernard Cassen souligne que ce n'est pas anodin qu' Edwy Plenel ait fait publié son éditorial en une du Monde pour peser le plus possible contre cette loi, qui lui faisait évoquer des relents "colonialistes", et "nostalgiques". [Note de lavoixfrancophone : cela illustre parfaitement ce que l'on rappelle souvent, à savoir que les pires ennemis de la promotion du français sont en France]
Bernard Cassen, qui n'avait pas la langue dans sa poche, a aussi feint l'étonnement que Jacques Toubon, présent à cette journée d'étude, ait été dans le même parti qu'Alain Madelin qui avait déclaré : « Après avoir supprimé le contrôle des prix, on veut instaurer une loi sur les mots ».
Une petite pique aussi pour BHL qui était hostile à la loi et qui par ailleurs, avait été fait condamner par B. Cassen en diffamation.
Toujours allergique à la langue de bois, B. Cassen expliqua que ceux qui écrivaient sur la loi ne l'avait pas lu. De nombreuses personnes à la tribune et dans l'assistance ont approuvé le propos. Il évoqua ensuite son ami Louis-Jean Calvet (célèbre linguiste) qui décrit 4 niveaux de langue en fonction de leur influence :
1) en haut, « l'hyperlangue » : l'anglais
2) puis une dizaine de langues d'influence mondiale, dont le français
3) quelques centaines de langues d'influence régionale
4) enfin, quelques 6000 langues locales qui font que leurs locuteurs ont recours à des langues du niveau au-dessus pour l'intercompréhension lorsqu'ils vont dans un autre village ou région.
A l'inverse de M. Châtaignier, B. Cassen a affirmé qu'il y avait bien une relève chez les défenseurs du français, citant le « député frondeur » Pouria Amirshahi et sa maîtrise du dossier [vous avez accès au résumé de son rapport dans le menu du forum ou en cliquant sur ce lien]. Relève aussi présente dans Le Monde Diplomatique qui couvre toujours ce genre de sujets.
Une des catastrophes pour la situation du français a été l'élargissement à l'est en 1994 : on était 12 en Europe, et on aurait pu promouvoir l'utilisation du français dans les élargissements. En effet, les procédures d'adhésion se sont fait en anglais, y compris plus tard pour la francophile Roumanie, alors que le français est une des trois langues officielles et était à égalité avec l'anglais.

Bernard Cerquiglini (ancien délégué général à la langue française et aux langues de France, c'est-à-dire M. Francophonie et langue française, actuel recteur de l'AUF, Agence Universitaire de la Francophonie) est intervenu également pour évoquer Louis Meigret en 1542, qui avait déjà proposé une simplification de l'orthographe et qui avait été moqué. En 1991, la réforme de l'orthographe a été caricaturée comme une écriture phonétique. Aujourd'hui, Mme Le Ministre (recommandation de l'académie française : le masculin, car on parle de la fonction, pas de la personne), est moquée en ministresse. Cette continuité dans la moquerie rejoint les remarques des intervenants précédents : l'ironie et la moquerie ont fait beaucoup de mal à la loi Toubon.
Enfin, M. Cerquiglini a déploré que les députés socialistes aient combattu la loi Toubon à l'époque alors que c'était une loi de gauche : c'était la loi Tasca, et il était question de défense des travailleurs et du consommateur. C'était donc un combat politicien : ils ne voulaient pas voter leur loi car elle était proposée par la droite. Les communistes, eux, l'ont pourtant votée.
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 502
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)

Re: I.3) Table Ronde (fin de matinée)

Messagepar Marc Beaufrère » Lun 20 Oct 2014, 13:28

Message de service :
Pour maintenir la progression arithmétique des parties (1, 2, 3 ...), j'utilise la fonction création de réponse pour la maintenir en l'état.
"Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation" - attribué à Lyautey
Avatar de l’utilisateur
Marc Beaufrère
Administrateur
 
Messages: 502
Inscription: Lun 07 Jan 2013, 13:54
Localisation: Carrouges (Orne)


Retourner vers Journée d'étude : les 20 ans de la loi Toubon

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron