Enseignement

Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

Enseignement

Messagepar Michel » Dim 13 Avr 2014, 22:23

-
On soulignera aussi que très peu de textes d’écrivains africains d’expression française figurent dans les manuels (y compris en France !), alors que c’est la condition même d’une conscience francophone, du sentiment d’appartenance.

Votre Rapporteur plaide aussi pour une politique de mobilité ambitieuse, la possibilité de mobilité offerte par une langue étant un motif de son apprentissage. Dans certains pays, comme l’Arménie, l’Albanie, la Moldavie, Israël ou le Mozambique, l’attractivité du réseau scolaire français ou des sections françaises se heurte à l’absence d’une perspective de formation en français sur la longue durée. Pour attirer au maximum les enfants étrangers dans ces établissements ou sections, il faut en effet leur proposer une offre complète d’enseignement en français, du primaire au baccalauréat, ainsi que la possibilité de poursuivre leurs études en France ou dans un autre pays francophone dans le supérieur

Les associations de professeurs de français jouent un rôle structurant dans la formation continue des enseignants à travers le monde, en lien avec les Services de coopération et d’action culturelle, dont les dispositifs de formation constituent la part congrue de la programmation annuelle. Relais indispensables de notre politique linguistique au sein des systèmes éducatifs nationaux, elles sont regroupées au sein de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), partenaire recevant une subvention annuelle du MAE de 230 000 euros (250 000 euros en 2012 et 2011). La FIPF offre aux associations de son réseau un grand nombre d’activités et de services : concours, mutualisation des expériences, formation de cadres associatifs, accueil dans son antenne parisienne, l’Escale du français dans le monde, organisation de congrès régionaux et mondiaux (tous les quatre ans, le prochain est à Liège en 2016, ville malheureusement aussi choisie par l’OIF pour son Forum de 2015) et bien d’autres activités encore. Plus de 400 professeurs sont venus de toute l’Asie pour le Congrès organisé en Inde à Chennai, par exemple de Mongolie. Ils étaient plus de 800 au Congrès organisé à Durban en juillet 2012, premier congrès de ce type en Afrique, dont une majorité d’Africains.

Le professeur Jacques Chevrier, ancien titulaire de la chaire d’études francophones et ancien directeur du Centre international d’études francophones de la Sorbonne, aujourd’hui président de l’ADELF (Association des Écrivains de Langue Française), indiquait à votre mission avoir dû livrer une bataille difficile pour sortir les écrivains francophones non Français de l’approche ethnographique sous laquelle on les étudiait jusqu’alors et les introduire dans le cadre des études littéraires à l’université. Pourtant, votre rapporteur est convaincu qu’une des raisons fondamentales du recul du français est la vision « gallo-centrée » de la francophonie : à la fois rabougrie et vexatoire, elle empêche l’émergence d’une vraie conscience francophone mondiale. Comment comprendre et admettre que des figures majeures de la littérature, comme Senghor et tant d’autres, soient si peu étudiés et connus ?

L’enseignement des littératures francophones semble bien être un parent pauvre au sein de l’université française, alors même que, dans les pays voisins, en Italie, en Allemagne, des chaires d’études francophones existent qui confirment à la fois l’ouverture et la sensibilité à ces littératures, ainsi que l’intérêt qu’il y a à les étudier.

Les premiers programmes de l’AUF ont traduit le souci d’accompagner la création d’universités dans les pays nouvellement indépendants dans une logique de coopération au développement et de solidarité, l’AUF depuis 1974 apportant des financements pour accompagner la mobilité des enseignants vers les universités manquant de ressources humaines. Puis l’AUF est devenu un cadre pour lutter contre la fracture scientifique Nord-Sud et renforcer les capacités scientifiques et universitaires en organisant les coopérations, en encourageant les réseaux et en réunissant les acteurs de l’université : recteurs et présidents.
Sa nouvelle programmation 2014-2017 fixe quatre priorités : la formation avec la valorisation de la mobilité des personnes et des savoirs et l’acquisition de compétence utiles au développement, la recherche avec l’accentuation des collaborations scientifiques Nord-Sud, la gouvernance et le rayonnement de la francophonie universitaire.

Un étudiant étranger qui a effectué des études en France est un ami de la France pour la vie, c’est une formule que nos ministres emploient.

Cependant, le développement de l’internationalisation de nos établissements d’enseignement supérieur suppose d’élargir le vivier d’étudiants en s’ouvrant à des pays non francophones. Toute la question est de savoir quel rôle doit jouer la langue. Il existe des étudiants qui sont attirés par la France, l’accessibilité des études en termes de coût, la qualité de vie, une certaine idée qu’ils se font du pays, et ils n’ont parfois que quelques rudiments de français. Ces étudiants parviennent très vite, surtout dans les pays de langue latine, au niveau B2 et deux mois de FLE intensif sont ainsi proposés à environ 10 % des étudiants.
Les autres sont francophones au dépôt de leur candidature, sous réserve des étudiants doctorants en sciences ou en management qui suivent des études en anglais et pour certains repartent de France sans parler français, ce qui est évidemment consternant.

Par exemple, les élèves indiens n’ont très nettement pas le niveau pour rentrer à l’université en France et suivre des cours en français. Lors de sa visite en Inde, le Président de la République a réaffirmé l’objectif d’augmenter le nombre d’étudiants indiens en France, ce qui n’est pas réaliste si un critère linguistique devait être introduit, du moins à moyen terme. 96 % des étudiants indiens venant en France suivent des cursus partiellement ou totalement en anglais.

La politique de bourses octroyées par le gouvernement français aux étrangers.
La répartition par région fait apparaître que les étudiants originaires du continent africain restent en tête, mais ne représentent plus que 40,9 % de l’ensemble (dont 20,1 % sont originaires du Maghreb) contre 46,3 % en 2000.

On ne saurait oublier dans cette section l’Université Senghor d’Alexandrie, créée en 1989, opérateur de la Francophonie, qui suscite un engouement croissant auprès des étudiants du monde entier.
Depuis sa création, l’université a formé 1 409 diplômés, issus de 37 pays, y compris asiatiques, au titre de ses 13 promotions.

L’emploi systématique de l’acronyme ECTS pour Système européen de transfert et d'accumulation de crédits (European Credits Transfer System) est également scandaleux.

Il existe aussi plusieurs initiatives de rassemblements francophones d’étudiants, notamment organisées par l’AUF, surtout en Asie-Pacifique et en Europe Centrale et Orientale. Ces rassemblements, organisés comme des festivals d’étudiants francophones, permettent de suivre un programme d’activités ludiques et culturelles associées éventuellement à du perfectionnement linguistique. Au Maghreb, une première initiative de festival des étudiants autour d’un thème culturel a été menée en 2013 avec des étudiants du Maroc, Algérie et Tunisie. Le Centre de la francophonie des Amériques conduit également une université d’été qui en est à sa troisième édition, réunissant 106 étudiants de 19 régions. Son objet est d’inciter à la recherche, avec des chercheurs qui présentent des études en lien avec la francophonie.
Localement, la constitution de réseaux d’anciens est malheureusement très peu usitée, si l’on excepte la tradition en la matière de l’université Galatsaray et le réseau des anciens de Senghor. Au Brésil, un annuaire des anciens boursiers a été créé en 2007 pour le compte de l’ambassade permettant de disposer d’une base de 1 100 personnes. Au Canada, l’ambassade a lancé l’idée d’un suivi des jeunes dirigeants sur le modèle du programme « Young leaders » de la French American Fondation. Les ambassades de Chine et du Maroc ont créé des fichiers regroupant les individus ayant effectué des études en France et, dans une moindre mesure, d’Inde et d’Indonésie.

S’agissant des étudiants accueillis en France, une politique restrictive, surtout si elle est appliquée de manière vexatoire, détourne les familles du français, particulièrement au profit de l’anglais, qui ouvrirait les portes des universités britanniques, américaines, canadiennes, australiennes ou encore de celles des pays qui offrent des cursus tout en anglais comme l’Allemagne. Par exemple, en 2010, le major de la promotion du master de mathématique de l’Université libanaise s’est vu refuser son visa, avant de l’obtenir après intervention de l’université d’accueil. Il arrive que des visas soient refusés alors même que des bourses ont par ailleurs été accordées, des recommandations signées par l’Institut français.
Lao-Tseu, repris par Lénine, puis par Churchill : Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Michel Godet : La bonne prévision n'est pas celle qui se réalise mais celle qui conduit à l'action pour, éventuellement, empêcher qu'elle ne se réalise.
Avatar de l’utilisateur
Michel
 
Messages: 376
Inscription: Sam 26 Jan 2013, 16:09

Retourner vers Notes de lecture : Rapport sur la francophonie de Pouria Amirshahi

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 2 invités

cron