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Modérateurs: Michel, Marc Beaufrère, Varlet

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Messagepar Michel » Dim 13 Avr 2014, 22:22

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Pour un organisme comme l’ACFAS (1) déjà mentionné, si rien n’est fait, la science ne se déclinera prochainement qu’en anglais. La présente section identifie les raisons et moyens de faire émerger la conscience d’une communauté francophone des savoirs.

La connaissance s’enseigne et la science se vit en français (aussi) Le fait de penser dans sa langue maternelle ou dans une langue acquise depuis l’enfance procure un avantage. Les concepts abstraits appellent des précisions qui s’expriment mieux dans une langue que l’on maîtrise. Si ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, sauf à bien concevoir dans une langue étrangère, ce qui est le cas de peu d’entre nous, on énoncera plus clairement dans sa langue.
La seule limite à ce raisonnement, est l’absence de concepts, de corpus ou de références dans sa propre langue. La chance des langues centrales comme la nôtre est d’offrir un patrimoine scientifique, de disposer d’œuvres qui ont été écrites en français, et c’est précisément ce auquel nous renoncerions en ne nommant plus la modernité que dans une langue étrangère.
À cela s’ajoute que l’anglais véhicule aussi une autre mode de pensée, qui résulte non des caractéristiques de la langue elle-même, mais de son indissociabilité de méthodes de raisonnement. En adoptant la matrice, on intègre ses écoles. Par exemple, la démarche intellectuelle dans la tradition anglosaxonne est inductive, alors que la démarche française est plutôt déductive.

Antoine Danchin énonce : « La langue est le lieu privilégié de la construction d’une représentation du monde, héritée non pas au travers de nos gènes – ce qu’ils nous transmettent est le schéma grammatical universel sous-jacent, pas la spécificité de la langue, mais de façon épigénétique, au travers de l’histoire de notre naissance.
Nous l’apprenons très tôt, et cette langue façonne notre rapport au monde, certainement beaucoup plus que nous le pensons. L’ordre des mots, en français force la pensée à aller du général au particulier. C’est exactement l’inverse en (anglais. »

Concernant la recherche en sciences, comme dans tous les domaines, le fait de parler la même langue crée une complicité immédiate : à l’intérêt pour une matière, se surajoute cette proximité naturelle qui favorise l’échange et crée les conditions propices à la conduite de projets en commun. Elle donne des interlocuteurs privilégiés. Cédric Villani cite l’exemple de sa rencontre avec le Béninois Wilfried Gangbo à Atlanta alors qu’il avait juste soutenu sa thèse, la manière dont la langue française et plus généralement la culture française les a rapprochés et qu’il en a résulté dans sa vie une nouvelle aventure scientifique : enseignement, nouveau sujet, livre …

D’autre part, les étudiants non chercheurs et plus généralement tout citoyen qui grâce au numérique peut développer ses connaissances à des fins professionnelles ou privées, ont évidemment intérêt à pouvoir accéder à un contenu en français. Le réflexe premier est d’effectuer une recherche dans sa langue ! Avec quel résultat si les meilleurs travaux ne sont pas disponibles dans cette langue ?
Publier en français c’est donc participer à la démocratisation de l’accès au savoir des francophones et à l’élévation générale du niveau des connaissances dans les pays de langue française.

Naturellement, encore faudrait-il disposer de revues scientifiques en langue française de renom. Le numérique permet aujourd’hui de publier à coût modique sur la Toile et d’offrir des services efficients : référencement, moteurs de recherche et bases de données. Mais il s’agit de développer les services de publication en ligne, serveurs dédiés, numérisation et archives accessibles. Les francophones ont largement la possibilité de construire une revue scientifique internationale de référence dans les dix prochaines années ; c’est une question de volonté politique. C’est à cette condition que les pays francophones, du Nord comme du Sud, pourront bénéficier d’une diffusion de leur production scientifique. Pour publier en français, il faudrait que cela contribue au rayonnement des travaux et dispose d’une visibilité. Or, il n’y a pas d’indexation des publications francophones. L’ACFAS développe à ce propos un projet fort intéressant, mais son succès dépendra des abonnements aux revues et de leur réputation.

Permettre à chacun d’avoir connaissance des avancées scientifiques formulées en anglais, en chinois, en espagnol ou en français constitue sans doute le grand défi du prochain siècle. Il faut en tous les cas anticiper la progression de la traduction automatique qui permettra le retour à la publication dans la langue maternelle, avec pour conséquence « la restauration de l’imaginaire scientifique et l’accélération d’une créativité qui a été bien malmenée depuis quelques décennies, sans qu’on s’en rende compte, en raison de l’augmentation énorme du nombre des personnes qui se consacrent à la recherche scientifique."

Les premiers programmes de l’AUF ont traduit le souci d’accompagner la création d’universités dans les pays nouvellement indépendants dans une logique de coopération au développement et de solidarité, l’AUF depuis 1974 apportant des financements pour accompagner la mobilité des enseignants vers les universités manquant de ressources humaines. Puis l’AUF est devenu un cadre pour lutter contre la fracture scientifique Nord-Sud et renforcer les capacités scientifiques et universitaires en organisant les coopérations, en encourageant les réseaux et en réunissant les acteurs de l’université : recteurs et présidents.
Sa nouvelle programmation 2014-2017 fixe quatre priorités : la formation avec la valorisation de la mobilité des personnes et des savoirs et l’acquisition de compétence utiles au développement, la recherche avec l’accentuation des collaborations scientifiques Nord-Sud, la gouvernance et le rayonnement de la francophonie universitaire.

Cependant, le développement de l’internationalisation de nos établissements d’enseignement supérieur suppose d’élargir le vivier d’étudiants en s’ouvrant à des pays non francophones. Toute la question est de savoir quel rôle doit jouer la langue. Il existe des étudiants qui sont attirés par la France, l’accessibilité des études en termes de coût, la qualité de vie, une certaine idée qu’ils se font du pays, et ils n’ont parfois que quelques rudiments de français. Ces étudiants parviennent très vite, surtout dans les pays de langue latine, au niveau B2 et deux mois de FLE intensif sont ainsi proposés à environ 10 % des étudiants.
Les autres sont francophones au dépôt de leur candidature, sous réserve des étudiants doctorants en sciences ou en management qui suivent des études en anglais et pour certains repartent de France sans parler français, ce qui est évidemment consternant.

(1) : L’Association francophone pour le savoir-Acfas qui représente la communauté scientifique francophone, fondée dès 1923 sous le nom d’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences, réunit aujourd’hui 6000 adhérents, dont plus de 3500 professeurs, au Québec, où elle dispose de sections régionales, ainsi que dans le reste du Canada. Elle a tenu son 81e congrès cette année, qui représente le plus grand rassemblement de scientifiques francophones. L’Acfas fait la démonstration qu’il est toujours possible de faire de la science en français, et même parfois essentiel à la construction de la pensée : la qualité des relations humaines entre chercheurs partageant la même langue permet à une communauté scientifique de partager des méthodes de recherche, de traiter de problématiques, et d’émettre des propositions nouvelles.
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